Les gardiens de la paix en région bruxelloise sont mécontents, et ont prévu de le faire savoir. La CGSP a déposé un préavis de grève pour le jeudi 24 février. Les principales raisons de la grogne : un statut précaire et non restrictif, et des emplois menacés.
« Le statut des gardiens de la paix à Bruxelles est scandaleux ! », s’exclame Rudy Janssens, secrétaire fédéral de la CGSP, le syndicat socialiste. Alors qu’en Flandre et en Wallonie, leur statut est régulé, « à Bruxelles, on leur fait tout faire ; on leur fait ramasser des poubelles, on les poste derrière des écrans de contrôle de vidéosurveillance, alors que ce n’est pas leur travail ! Cette surveillance est par exemple le travail de la police. A certains endroits, ils sont un peu les hommes à tout faire en fait», explique-t-il. Légalement, le gardien de la paix a des « fonctions publiques de sécurité et de prévention non policières, exercées sur le domaine public ».
La CGSP en a assez qu’aucune restriction à leur travail ne soit clairement établie et respectée.
En cause également, la formation de ces agents qui, d’après Rudy Janssens, ne serait pas respectée. « La formation de 80 heures obligatoires au minimum n’est même pas respectée, l’obligation d’uniforme non plus », ajoute-t-il.
Le syndicat socialiste reproche également à la région les contrats précaires des gardiens de la paix. « Tous les trois mois, ces travailleurs reçoivent leur C4, car on est pas certains de pouvoir assurer leur financement, de pouvoir leur garantir un nouveau contrat. Ils ont vraiment un statut minimum et précaire », explique le syndicaliste. Certains gardiens de la paix n’ont donc aucune sécurité d’emploi. Bon nombre d’entre eux ont reçu leur préavis pour le 30 juin 2011, et n’ont aucune certitude d’être repris après cette date. « Que vont-ils devenir ? La région doit agir ! », clame Rudy Janssens.
Politique des grandes villes
Aude Lavry, la porte-parole du ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale Charles Picqué, explique que « les gardiens de la paix ont déjà mené des actions il y a quelques semaines, et le gouvernement a pris des mesures ». Pour la CGSP, ces mesures sont insuffisantes. Certaines communes vont assurer sur fonds propres la prolongation des contrats de gardiens de la paix, mais avec d’énormes inégalités entre elles. « Selon le territoire communal où il travaille, le supplément du samedi perçu par le gardien, par exemple, oscillera entre 50% et 100% du salaire, c’est injuste », explique M. Janssens.
Du côté de l’ASBL Bravvo, qui centralise la politique de prévention mise en place par la ville de Bruxelles, et gère donc les gardiens de la paix de la ville, Peggy Pierrot, chargée de communication, tempère. « Tous les gardiens de la paix de la Région bruxelloise ne sont pas concernés. Il faut différencier ceux qui dépendent du Plan stratégique de sécurité et prévention (PSSP), de ceux qui dépendent du programme de la Politique des grandes villes (PGV) », précise-t-elle.
En principe, seuls les gardiens dépendant de la PGV sont
concernés par ce statut précaire.
La politique des grandes villes relève du niveau fédéral, mais aussi des entités fédérées, c’est-à-dire de la Région bruxelloise. Le travail des gardiens de la paix est cofinancé par le fédéral et par la région, mais pour la CGSP, rien n’est mis en place par Bruxelles, même si « dans certaines communes, des règlements commencent à être instaurés », précise le syndicaliste.
« Et avec le gouvernement en affaires courantes, ça ne bouge pas au fédéral », ajoute-t-il.
Plus de 400 emplois menacés
Pour Rudy Janssens, « la région bruxelloise ne prend pas ses responsabilités ». Il précise que « ce sont plus de 400 personnes qui voient leur emploi menacé, auxquelles il faut rajouter les personnes engagées sous le régime du plan Activa, et de l’article 60 (personnes mises au travail par les CPAS) ». Pour le syndicat, pas question de jouer avec ces emplois.
« Le gardien de la paix a pour mission d’assurer une présence dans les quartiers, les zones les plus problématiques de la ville, et par sa présence, de rassurer les gens et gérer les conflits de petite envergure. Sa seconde mission est d’améliorer, par des constatations sur la voie publique, l’environnement de vie des habitants », explique Mme Pierrot.
Comme ce sont les entités fédérées qui doivent définir le statut de ces agents, et donc dans ce cas la Région bruxelloise, ils ont prévu d’exprimer leur mécontentement devant le cabinet du Ministre-président Charles Picqué, le 24 février .
Séverine VALVEKENS