La Direction générale de l’enseignement a envoyé une circulaire proposant un support pédagogique « pro-avortement » dans toutes les écoles secondaires franco-phones. Ce document relance le débat sur la place de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en Belgique.
Si près de 19 000 femmes ont interrompu leur grossesse en 2009, « l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est toujours tabou en Belgique aujourd’hui, en parler dérange, crée un malaise » affirme Julia Laot, porte-parole de la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes (FPS).
L’envoi d’une circulaire sur l’avortement dans les écoles, par la Direction générale de l’enseignement, a suscité de vives réactions aujourd'hui dans le journal « Le Soir ». En cause, les supports pédagogiques auxquels renvoie la circulaire (un dossier pédagogique et un documentaire vidéo), qui ont été produits par le Centre d’action laïque (CAL), la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes (FPS) et la Fédération laïque des centres de planning familial (FLCPF). D’aucuns dénoncent qu’il s’agit de « publicité pour le CAL », de propagande laïque, et que ce type de communication n’a pas sa place à l’école.
Au Centre d’action laïque, on s’insurge. Sylvie Lausberg qui y est chargée de mission, a réalisé le dossier pédagogique en question. Pour elle, il y a une confusion, car « le dossier pédagogique est un dossier d’information sur l’histoire de l’avortement en Belgique, sur un combat mené pendant des décennies pour arriver à un droit, qui est maintenant encadré par une loi qui dépénalise l’avortement.
Ce n’est pas un plaidoyer pour l’avortement, et encore moins de la propagande, c’est de l’information qui permet aux personnes concernées de faire un choix, qui est personnel ». Elle ajoute que « la neutralité interdit une propagande politique à l’école, mais est-ce qu’informer sur une loi qui a été votée par un pays est de la propagande politique ? Si oui, alors là on est dans de la censure ». Pour le CAL, il ne s’agit que « d’informer sur un droit reconnu depuis plus de vingt ans, l’histoire de son émergence et ses modalités d’application ».
Nicolas Menschaert, directeur de la Fédération laïque des centres de planning familial précise que c’est un « outil qui doit sensibiliser les jeunes dans les écoles au combat qu’il y a eu pour accéder à ce droit ».
Pas pro-IVG, mais pro-choix
A la lecture de l’article du journal « Le Soir » d’aujourd'hui qui définit le CAL et ses partenaires, à savoir les FPS et le FLCPF, comme les « défenseurs d’une vision pro-IVG », Sylvie Lausberg s’indi-gne. « Nous ne sommes pas du tout pro-IVG », clame-t-elle,
« nous sommes pro-choix. Pro-IVG voudrait dire qu’on veut la mort des fœtus, ce n’est pas le cas, nous voulons le choix pour la femme enceinte ».
« nous sommes pro-choix. Pro-IVG voudrait dire qu’on veut la mort des fœtus, ce n’est pas le cas, nous voulons le choix pour la femme enceinte ».
Du côté des Femmes prévoyantes socialistes, c’est le même son de cloche. « On ne se considère pas du tout comme pro-IVG, mais bien comme pro- choix ! La loi dépénalise l’avor-tement, on va juste dans le sens de la loi », explique Mme Laot.
Pour M. Menschaert, « le terme de pro-IVG, pro-avortement utilisé par le journal « Le Soir » hier, laisse sous-entendre que nous faisons une fête de l’avortement. Nous sommes les défenseurs d’un droit, un droit à l’accès à un avortement médicalisé. Nous sommes les défenseurs de la possibilité laissée aux femmes de poser un choix dans de bonnes conditions ».
Education citoyenne
Pour M. Menschaert, « il ne s’agit pas de propagande mais d’éducation citoyenne, puisqu’on se contente d’informer sur un droit reconnu par la législation belge. C’est de l’information, ce n’est pas de la propagande laïque ou autre, c’est informer sur un droit citoyen ». Il ajoute qu’il s’agit d’un « enjeu de santé publique et non pas d’un enjeu idéologique ».
Mme Lausberg estime que « la santé publique n’est pas réductible à une idéologie. Ce n’est pas une question de convictions, c’est une question de santé. L’information des moyens mis à disposition est une nécessité et c’est aussi un droit ».
Pour les Femmes prévoyantes socialistes, « l’avor-tement est un sujet qui fait toujours débat, au même titre que l’euthanasie par exemple, c’est pour cela qu’il a sa place à l’école, pour en discuter ».
Le débat est (re)lancé, et d’après Sylvie Lausberg, « les premiers retours des écoles depuis la diffusion de la circulaire, sont positifs : tant au sein des écoles catholiques, que techniques ou officielles, les professeurs sont ravis ».
Séverine VALVEKENS
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